Tout commence par ce mot : Naître. Naître sur le vide, celui qui danse entre les chairs, blessure, fracture de la naissance même. Père, mère, distance. Le poids des mots, le choix de la vie, contre l’héritage, marqué sur la peau de Lorette. La démangeaison abordait déjà cette peau mangée d’eczéma, ongles labourant la chair. Poids de la vie, choix minutieux des mots, père, mère, sœurs, enfance, poser, peser, mettre à plat. Long voyage dans les chemins de la conscience, sur les traces de maîtres, dans les sentiers de l’Himalaya. Quête de soi, brindilles, En hébreu, le mot « arbre » désigne également l’os, et j’ai vu que les montagnes sont les racines inouïes d’un grand arbre invisible. Il y a ce passage sur la maternité, plus marquant que tout autre, ascension de l’amour, plénitude de sensations. Je guettais chacun de ses mouvements de poulpe très lents sous ma peau, ou de ces sortes de raies géantes qui ne se trouvent que tout au fond des mers. Livres, prières. Des rêves, encore, fantastiques comme des pieuvres. Voix. Un jour, le départ de Paris pour un village du Sud. Dislocation. Le froid pénètre au plus profond des os. Je suis comme une cathédrale en ruine ouverte à tous les vents, écrit l’auteur. Chute. Et maintenant je tombe, tout est noir. Noir et sans fin. C’est par l’écriture que s’opère la couture, celle qui rassemble toutes les feuilles éparses, lesquelles, rassemblées et cousues ensemble, vont former l’unité d’un texte qui fasse sens. Vivre. Je ne voulais pas ici raconter ma vie mais évoquer seulement ce qui l’a décimée et maintenue, brûlée et libérée. Lorette Nobécourt écrit L’usure des jours, celle qui mène au vide en soi, là où tout est encore à accomplir.
Lorette Nobécourt,
L’usure des jours, Grasset, 2009, 132 p.
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